En décembre 1996 a été nommée par le parlement suisse une Commission d’experts chargée d’examiner sous l’angle historique et juridique l’étendue et le sort des biens placés en Suisse avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, ladite «affaire des fonds en déshérence». Rapidement, le débat public sur la politique des autorités, des banquiers et des industriels suisses durant la Seconde Guerre mondiale s'est dilué - l'histoire se répète - dans la méta-évocation d'une entité suisse: la Suisse, trop injustement critiquée, qui a nommé une commission d'historiens, fait la lumière et son mea culpa pour quelques "erreurs", largement expliquées par le contexte difficile ou par un sens moral quelquefois un peu défaillant.
Or, c'est sur le fond d'une défense de leurs intérêts propres - financiers, industriels, commerciaux ainsi que sociaux et politiques - que s'est développée l'orientation de fractions substantielles des milieux d'affaires et politiques suisses, dès les premières décennies du siècle. Elle s'est concrétisée par une série d'initiatives concertées, révélant des affinités électives et des intérêts fort concrets, poussant ces secteurs économiques et politiques à développer un bon voisinage avec les forces nationales-socialistes, le Troisième Reich et le nouvel ordre européen issu des grands bouleversements de 1939-1941.
Daniel Bourgeois raconte, au fil de recherches s'étalant sur 25 ans, ce "business" helvétique, qui n'est pas fait que d'exportations, d'accords de clearing, de chiffres, mais aussi de censure de la presse, de "certificats d'aryanité", de mission sanitaire auprès de la Wehrmacht, de passeports "J"...
Daniel BOURGEOIS, historien, était adjoint scientifique aux Archives fédérales suisses lors de la publication de cet ouvrage, aujourd’hui à la retraite. A côté de son activité professionnelle, il a poursuivi ses travaux de recherche et publié de nombreux articles. Sa thèse, Le Troisième Reich et la Suisse, parue en 1974, mettait déjà au jour, en décalage avec la version autorisée de l'histoire, des éléments importants du débat actuel, redécouverts avec fracas. Sur l'or pillé en provenance d'Allemagne par exemple, la Commission indépendante d'experts Suisse-Seconde Guerre mondiale reconnaît que D. Bourgeois avait alors "abordé pour la première fois les questions essentielles à ce sujet" |