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Zaïre-angola: développements récents

Un "monde" nouveau

1997: élections au congo

Guérillas et milices à Brazzaville

A la différence du Rwanda et du Zaïre, le système politique congolaisactuel est issu des élections pluralistes (municipales, législatives etprésidentielle) de 1992 qui donnent aux élus des mandats de cinq ans. Maisl'ordre politique ainsi institué se révéla plutôt l'expression d'un certaintype de factionnalisme, basé sur trois partis puissants associés à troismilices

L es élections consacrent la puissance de trois partis: l'UPADS (Unionpanafricaine pour la démocratie sociale) de Pascal Lissouba, l'actuelprésident de la République; le MCDDI (Mouvement congolais pour ladémocratie et le développement intégral) du maire de Brazzaville BernardKolelas, le leader le plus puissant de l'opposition; enfin, l'ancien partiunique, c'est-à-dire le PCT (Parti congolais du travail) de Denis SassouNguesso. Ces élections de juin-juillet 1992 sont remportées par l'UPADS.Mais elles sont contestées. Le MCDDI et le PCT forment, d'une manièrecomplexe, une coalition de l'opposition.

Chaque parti puissant attire à lui, dans le cadre d'une alliance, unensemble de petits partis. Ces alliances sont: la "mouvanceprésidentielle" pour l'UPADS; l'Union pour le renouveau démocratique(URD) pour le MCDDI; le Front démocratique uni (FDU) pour l'ancien partiunique. La compétition politique entre la "mouvance présidentielle" etl'association des blocs URD et FDU dégénère: des troubles politiquesgraves se produisent qui culminent, de manière sporadique entre 1992 et1994, dans des guérillas urbaines où s'illustrent principalement quatremilices: la Réserve ministérielle, les Zoulous, les Ninjas et les Cobras.

Les deux premières soutiennent la "mouvance présidentielle", les Ninjasappuient le MCDDI et les Cobras le PCT. Les affrontements les plusvirulents ont lieu entre les milices de la "mouvance présidentielle" etles Ninjas du MCDDI. La bataille pour le contrôle des quartiers sud de lacapitale, où s'était retranché Bernard Kolelas a fait officiellement 2000morts à la fin 1993.

Le factionnalisme aujourd'hui

Le phénomène de la guérilla entre milices produit un nouvel ordre politiquefondé sur la puissance acquise par deux factions grâce au contrôle quechacune d'elles exerce sur une milice ayant prouvé son efficacité sur leterrain.

Cet ordre consiste pour l'essentiel en un partage du pouvoir entre l'UPADSet le MCDDI. La mise en place, en janvier 1995, d'un gouvernementd'ouverture, où les membres de ces deux partis figurent en force, consacrela fin des hostilités, entérinant les positions gagnées pendant lesaffrontements. Cependant, il semble que les divers protagonistes ont aussiaccepté une trêve afin de mieux préparer l'échéance électorale de juillet1997, au cours de laquelle les différents mandats politiques doivent êtrerenouvelés. Depuis la trêve, les dirigeants politiques se sont consacrésaux fonctions pour lesquelles ils avaient été élus afin de prouver qu'ilsétaient de bons gestionnaires de la chose publique. Cet équilibre n'est pasvraiment remis en cause par le remaniement ministériel d'août 1996. Quantaux milices, leur situation oscille entre la sphère privée et la sphèrepublique. Celles-ci aspirent à intégrer les forces publiques, lorsque lafaction qu'elles servent est au pouvoir.

L'incorporation des miliciens dans les forces publiques

Le règlement du problème des factions armées est intervenu dans le cadred'un "Pacte de paix" signé le 24 décembre 1995, après plusieurs mois denégociations entre la "mouvance présidentielle" et l'opposition. Cetaccord prévoit l'incorporation des miliciens dans les forces publiques(armée, gendarmerie et police) et prescrit un quota pour chaque alliance,en fonction du critère de l'âge: avoir plus de 25 ans. L'opposition(Ninjas et Cobras) reçoit un quota de 1000 miliciens, alors que lesfactions de la "mouvance présidentielle" (Réserve ministérielle etZoulous) s'en attribuent 2000. On peut s'étonner de ce déséquilibre. Enacceptantce compromis inégal, l'opposition MCDDI veut donner des gages envue du rétablissement de la paix, en se composant l'image d'un parti nonbelliqueux.

Et pour les dirigeants, il s'agit non seulement d'intégrer à l'Etat leurspropres hommes pour les récompenser mais aussi de neutraliser les miliciensadverses. Cette double stratégie est d'autant plus facilement adoptée, dèsla mi-1996, que les ressources pétrolières augmentent (voir encadré "Lepétrole au Congo"). Tous les miliciens ainsi intégrés sont casernés dansle camp de Makola, situé dans la région du Niari, et entraînés à larépression de la guérilla urbaine!

Or deux problèmes majeurs restent à régler: le statut réel des élémentsintégrés et leur représentativité par rapport à ceux qui se sont vraimentillustrés lors des combats.

Et puis, comment le Congo peut-il recruter massivement dans la fonctionpublique alors que les accords signés avec le FMI et la Banque mondiale lelui interdisent?

En réalité, si les miliciens sont recensés sur des listes officielles, ilsn'ont pas véritablement acquis le statut de fonctionnaire. Certains d'entreeux espèrent néanmoins se servir de cette position publique pour exercerune pression sur le gouvernement afin qu'il règle leur situation avant lafin de son mandat. Toujours est-il que ce statu quo instable estfréquemment perturbé par les mutineries des miliciens. Un mouvement de cetype a eu lieu en février 1997.

Quant au second problème, il est clair que les miliciens Ninjas et Zoulous,qui, lors des guérillas de 1992 à 1994, avaient manifesté la plus grandeefficacité sur le terrain, sont restés au service de leur parti-patronrespectif, l'UPADS et le MCDDI. De cette manière, ces deux partis ontconservé le contrôle sur une force paramilitaire non légale utilisable encas d'affrontement. L'effectif de ces forces est, par ailleurs, augmenté dunombre des jeunes miliciens exclus de l'intégration à la force publique parle critère de l'âge.

Elections: différents scénarios

Les effets du factionnalisme pourraient resurgir de façon violente après laproclamation des résultats de l'élection présidentielle. Si le gagnant estPascal Lissouba ou Bernard Kolelas, l'un ou l'autre des deux puissantsleaders actuels du champ politique, il existe une grande probabilité que lestatu quo soit encore maintenu pendant un certain temps. D'ailleurs, ilsemble bien que les deux alliés actuels aient verrouillé le système d'uncommun accord en refusant d'installer une commission électoraleindépendante. Une telle décision n'aurait jamais pu être imposée parLissouba seul, sans la complicité de Kolelas et du MCDDI. Au gouvernement,le ministre de l'Intérieur, Philippe Bikinkita du MCDDI est la garant de cecompromis.

Toutefois, quelque temps après les élections, rien n'empêche que le perdantne se réveille, car son ralliement ne se justifiait qu'en fonction deséchéances électorales.

Au cas où Lissouba et Kolelas perdraient ensemble les élections, le nouveauprésident - le revenant Sassou Nguesso? - devrait alors mettre tout enoeuvre pour réduire l'importance des forces paramilitaires contrôlées parses concurrents. Plusieurs questions se poseraient alors. Commentpourrait-il le faire? Avec quel appui? Pourrait-il compter sur l'armée?Dès lors, il n'est pas infondé de penser que la violence exploserait ànouveau, car il est très probable que les miliciens reprendraient les armespar allégeance à leurs leaders frustrés dans leurs aspirations hégémoniques.

Par contre, le comportement des miliciens ayant intégré les forcespubliques risque d'être plus imprévisible.

Trois cas pourraient se présenter:

Encadrés


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18 juin 1997