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Autour de la notion de faction

Dans le contexte culturel régional africain, le phénomène factionneltrouve son illustration dans la lutte pour le pouvoir et l'appropriationdes ressources matérielles et humaines.

Interne à toute organisation quelle qu'elle soit, le champ de cette luttes'étend également aux relations entre les diverses organisations, ce quisouligne la dimension à la fois verticale et horizontale de la dynamiquefactionnelle.

D'une part, la faction se conçoit comme une structure hiérarchique ayant àsa tête un chef qui entretient avec ses adeptes des relations de dominationet de clientèle. D'autre part, toute faction est confrontée à l'oppositionlatente entre jeunes et vieux (entre cadets et aînés sociaux) susceptiblede générer un processus de scission qui se manifeste structurellement parl'expression d'une dissidence, faisant apparaître de nouveaux leaders.Abandonnant avec leurs partisans l'organisation-mère dans laquelle ilsétaient encadrés, ceux-ci créent une nouvelle organisation qui sera à sontour soumise au même processus de scission associé à une conceptioncyclique du temps.

Les partis politiques
comme factions

Cet enchaînement de scissions explique la scissiparité d'une scènepolitique encombrée d'un nombre indéfini de formations aspirant au statutde partis politiques. Dès lors que la compétition politique entre chefs defactions s'organise autour de la question de se faire reconnaître un statutdominant, assurant un maximum de pouvoir et de richesses, on comprend quela vie politique puisse prendre l'allure de règlements de compte personnelsentre groupes mafieux. A moins qu'elle ne revête la forme de conflitsethniques auxquels on réduit souvent les luttes politiques en Afriquecontemporaine, au motif que l'identité des factions en lutte est souventassociée à des groupes d'appartenance ethnique ou régionale, lors mêmequ'elle correspond tout autant à des regroupements volontaires par adhésion(au discours ou au charisme de tel ou tel dirigeant, parfois identifié dansla culture populaire au modèle du prophète). C'est ainsi que Jonas Savimbiavait acquis une grande popularité en dehors de son fief ethnique duPlanalto et des Ovimbundu, popularité qu'il a perdue en partie - surtout àLuanda et chez les Bakongo - à la suite de sa campagne électoralearrogante, agressive et revancharde.

La notion de faction doit donc contribuer à la compréhension dufonctionnement politique des sociétés africaines actuelles, même si ellen'en est pas l'unique clé d'analyse.

En Afrique centrale, elle se réfère à la fois aux nombreuses cultures de larégion, qu'on peut identifier par la langue, par l'identité ethnique maisaussi au cadre stato-territorial hérité de la colonisation.

De notre point de vue, la notion de faction doit être pensée dans lecontexte historique d'une acculturation dynamique et complexe entre dessystèmes de valeurs différents et multiples. C'est ainsi que le phénomènedes élections - une personne, une voix - a activé le recours à l'ethnicité,et sa manipulation comme construction politique, surtout quand l'ethnieconcernée était importante numériquement. Tout chef de faction qui seprévaut de l'identité d'un groupe ethnique majoritaire est assuré d'unsuccès électoral. En ce sens, l'ethnicité est un phénomène moderne quin'est pas propre à l'Afrique. Les succès électoraux des Kennedy en NouvelleAngleterre s'expliquent par leur capacité de mobiliser les électeursd'origine irlandaise, italienne et juive.

La genèse du
factionnalisme actuel

Au niveau macro-politique des formations africaines contemporaines, lefactionnalisme actuel s'organise après la fin de la deuxième guerremondiale, lorsque les puissances coloniales mettent sur pied les premièresélections, ouvrant ainsi la voie à la décolonisation marquée entre autrespar l'introduction des partis politiques et leur compétition. Ce fut le caspour le Congo qui put élire un député, Jean-Félix Tchicaya, à l'Assembléenationale française dès l'immédiataprès-guerre, alors que le phénomène futplus tardif au Congo Belge. En Angola, la dictature salazariste interditcette évolution: les partis se créèrent donc en exil ou clandestinement,et leur évolution déboucha sur la guerre de libération, ce qui n'empêchapas la division du mouvement nationaliste anticolonial selon des critèresethniques et régionaux.

Dans les cas qui nous concernent, notre intérêt porte sur la prétention,aujourd'hui, de telle ou telle faction, seule, ou en alliance avecd'autres, à assurer son hégémonie dans un espace "national" donné: Zaïre, Angola et Congo.


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18 juin 1997