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Espace régional zaïrois

Réaménagements socio-politiques

Les feux de l'actualité durant ces dernières années se sont focalisés surl'Afrique centrale de la région des Grands Lacs, à l'occasion de la crisepolitique suscitée par le génocide rwandais et par les deux guerres civilesqui ont embrasé le Rwanda et le Burundi.

Ces deux guerres ont débordé les frontières de ces deux Etats pour serépandre vers les pays limitrophes, tout particulièrement vers le Zaïre,qui avaient hébergé de nombreux réfugiés, appartenant à l'une ou l'autredes factions aux prises dans les conflits.

Mais d'une façon plus générale, c'est toute la géopolitique régionale quis'est modifiée en Afrique centrale depuis la fin de la guerre froide et ilconviendrait d'identifier et d'évaluer dans un perspective historique lanature des changements qui se sont produits sur la scène régionale eninteraction avec les nouveaux rapports de force à l'échelleinternationale.

Avec la fin de la guerre froide, l'Afrique centrale aperdu l'attrait qu'elle suscitait sur la scène internationale comme enjeudans le conflit Est-Ouest. Russes et Cubains se sont désengagés de l'Angolaet les Etats-Unis comme la Belgique ont fait de même au Zaïre. Les acteursinternes vont sans doute acquérir une autonomie d'action beaucoup plusimportante: le recours au patronage extérieur, autrefois omniprésent dansle cadre du conflit Est-Ouest, n'est plus de mise, laissant libre cours àl'expression de dynamiques internes articulées sur le jeu factionnel.

Factions et privatisation des ressources stratégiques

De nos jours, il semble donc illusoire de tabler sur un engagement décisifd'un gouvernement d'une puissance extérieure, comme par exemple laBelgique, les Etats-Unis et même la France - en dépit de la "guerre desdeux Roses" opposant les conseillers de Jacques Chirac sur la question(voir encadré ci-dessous) - ou de l'ONU, pour faire prévaloir l'hégémonieinterne de tel ou tel groupe ou de telle ou telle tendance politique.

Dès lors, les différents leaders ne peuvent compter que sur leur capacité àmaîtriser des ressources internes - en hommes et en biens - et à lesmarchander sur le plan externe pour faire prévaloir leurs intérêtspolitiques. On peut dès lors penser que les chefs politiques auronttendance à se replier sur des clientèles régionales ou ethniques et à nouerdes alliances internes et externes, privées et publiques, en vue decontrôler des ressources rapidement mobilisables auprès d'agents extérieurs(diamant, or, etc.). Etant donné la volatilité même du combat factionnel,les jeux apparaissent largement ouverts et leur issue plus ou moinsincertaine selon les pays.

Au Rwanda, les succès du FPR ne règlent rien

Le gouvernement en place à Kigali, issu du Front patriotique rwandais(FPR), semble victorieux: le démantèlement des camps au Kivu, effectué parla force avec l'intervention des rebelles (Banyamulenge - "les gens deMulenge", haut plateau dominant la ville d'Uvira - et Tutsi zaïrois), etle retour d'une importante majorité de réfugiés marquent la déroute del'adversaire, les Forces armées rwandaises (FAR - armée de l'ancien régime)et les miliciens associés à l'ancien régime de Habyarimana (ex-président duRwanda tué en 1994). Néanmoins, la paix n'est nullement instaurée auRwanda. Les règlements de compte sont fréquents entre factions, etdifférents assauts entraînant mort d'hommes, parmi lesquels des membresd'ONG, des expatriés ou des représentants d'organisations internationales,ont amené les "humanitaires" à quitter certaines régions. De plus, desoffensives ont été lancées par l'armée contre des partisans de l'ancienrégime. Il est évident que ce type de turbulences risque de contribuer àdévelopper l'incertitude, empêchant l'instauration d'une paix durable entreles deux "communautés de la peur": la majorité ressent le pouvoir commel'expression hégémonique d'une minorité, avide de vengeance et désireuse defaire payer collectivement le génocide de 1994.

Incertitudes zaïroises:
du Kivu à Kinshasa

Dans le contexte d'un ordre mondial "relâché", c'est au Zaïre (voirencadré p. 33) que la redistribution des cartes consécutive à la fin de laguerre froide se révèle la plus manifeste. Largué par ses alliéstraditionnels (Belgique, Israël, Etats-Unis), ce pays est redevenu plus quejamais le ventre mou de l'Afrique centrale.

Alors que les Etats-Unis sont de plus en plus rivés sur l'axeKampala-Kigali-Bujumbura (Ouganda-Rwanda-Burundi) et refusent decontribuer à un ultime rétablissement du Maréchal, celui-ci a choisid'affronter la rébellion avec des pratiques qui étaient autrefois possiblesen raison de la guerre froide, mais qui apparaissent aujourd'hui assezanachroniques. Qu'attendre de mercenaires, lorsque l'armée zaïroise estelle-même totalement désorganisée? De vieux complices comme le roi duMaroc, le président du Togo ou même Jonas Savimbi, peuvent-ils encore êtred'un quelconque secours alors qu'il n'est plus possible d'agiter le périlrouge qui provoquait autrefois la sollicitude immédiate du campoccidental? Peut-on en quelques jours "reconditionner des troupes"jusqu'alors spécialisées dans le pillage de la population civile à la suitede l'incapacité de l'Etat de les payer normalement?

Des réfugiés otages des belligérants

Les enjeux de l'après-Mobutu, la guerre à l'Est ainsi que le consensusinternational concernant la mise hors d'état de nuire des milicesInterahamwe ("ceux qui travaillent ensemble", milices de l'ancien partiunique du général-président Habyarimana du Rwanda) et des anciennes FAR ontpris la préséance sur la question humanitaire, celle de la survie des400'000 réfugiés ou déplacés, dont Madame Bonino, commissaire européen àl'action humanitaire, s'est faite le porte-parole scandalisé. Après unetournée dans les six pays de la région des Grands Lacs, à la mi-février,Madame Sadako Ogata, Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés,a demandé aux belligérants d'épargner les réfugiés et plaidé pour laséparation entre civils et éléments armés au sein des camps qui s'étaientreconstitués dans la forêt équatoriale, comme celui de Tingi-Tingi situé à200 km au sud-est de Kisangani. En effet, dans ce camp de 150'000 réfugiésrwandais, l'armée zaïroise aurait procédé à des recrutements et aurait arméd'anciens militaires et miliciens pour contrer l'avancée des rebelles.

La "solution" Kabila?

Longtemps identifié à Mobutu, le devenir même du pays est lié aux scénariosd'une succession politique qu'impose désormais l'issue fatale attendue duMaréchal. Encore que la période de fin de règne ouverte par cetteperspective puisse durer, comme son aïeule la transition, le temps d'unseptennat!

C'est dans ces conditions qu'il devient intéressant de sonder lesalternatives qu'offre la lutte pour la succession, en commençant par cellequi se donne comme la moins continuiste: la rébellion de l'Est.

La poussée nationaliste anti-tutsi qu'a connue Kinshasa, toutparticulièrement à la suite de la prise de Bukavu et de l'assassinat de MgrChristophe Munzihirwa, à la fin d'octobre 1996, a contribué à présenterLaurent-Désiré Kabila (voir encadré p. 32) comme l'allié du FPR, voirecomme sa créature, et la victoire des rebelles comme celle desgouvernements rwandais et ougandais.

N'est-ce pas d'ailleurs par ce sursaut nationaliste que Mobutu comptaitreconquérir une légitimité de longue date perdue à Kinshasa? On comprenddans ces circonstances que Laurent-Désiré Kabila ait de la peine à nouerdes alliances avec les opposants au régime du maréchal Mobutu. Il est clairnéanmoins que Kabila symbolise le rejet de ce régime, ce qui expliqueraitl'ambivalence perceptible à Kinshasa où il serait à la fois attendu etredouté. Quoi qu'il en soit, c'est fort du territoire conquis militairementà l'Est que Kabila se positionne d'ores et déjà comme l'un des acteursincontournables de l'immédiat après-Mobutu. Son atout est peut-être ausside ne pas avoir été un acteur kinois (de Kinshasa) de la transitiondémocratique ratée. Dès lors, en se prévalant de son hégémonie à l'Est, ilreprésente une puissance dominante du moment mais qui risquerait, à pluslong terme, de se diluer dans le jeu politique spécifique de la capitale,ce qui permettrait également, à l'Est, aux factions ethniques qui lui sonthostiles de relever la tête.

Le général Mahele, nouvel homme fort du Zaïre?

Le vrai faux retour du Maréchal à Kinshasa confirme son effacement duthéâtre politique; il participe non seulement du brouillage des cartes ausommet de ce qui reste de l'Etat zaïrois, mais aussi des luttesfactionnelles qui déchirent l'ensemble du personnel politique.

Fortement marquée par l'équation personnelle (l'ombre du Maréchal), lascène actuelle s'est cristallisée autour de deux enjeux majeurs: d'unepart, l'effacement de l'humiliation militaire subie à l'Est face auxtroupes du FPR et, d'autre part, le règlement de l'interminable crise de latransition politique.

Le retour du général Mahele pourrait être une réponse attendue au premierenjeu. Mahele est un des seuls cadres de l'armée à être populaire, entreautres pour son rôle positif joué lors de la Conférence nationalesouveraine (voir encadré ci-dessous), puis lors des pillages de Kinshasapar des militaires. Rétabli par Mobutu à la tête de l'armée, après ladéroute de celle-ci, une question se pose: Mahele pourra-t-il profiter desa position pour développer une politique sui generis visant à la fois àrésorber la rébellion et à présenter une alternative s'imposant face auxdifférentes factions se disputant le pouvoir à Kinshasa?

Cependant, le délabrement des Forces armées zaïroises semble si avancéqu'elles ne constituent plus un instrument fiable de prise de pouvoir.Cette situation est aussi la conséquence de la méfiance du Maréchal Mobutuà l'égard de la caste militaire, qu'il a toujours manipulée de sortequ'elle ne puisse produire un homme fort qui pourrait lui porter ombrage.Dans quelle mesure Mahele pourra-t-il transcender cet énorme handicap dedépart pour consolider son assise militaire et politique en reconstruisantune armée fiable? Cette solution peut donc difficilement se concrétisersur le court terme. Rappelons que Mobutu lui-même procéda par étapes entresa première intervention publique, le 14 septembre 1960, et sa prise depouvoir proprement dite le 24 novembre 1965.

La guerre des clans

Envisagée du point de vue du deuxième enjeu, la réponse de Mobutu à lacrise politique apparaît comme un "pied de nez" fait à son opposantintime, Tshisekedi (voir encadré p. 35), toujours en attente d'uneemblématique "reconnaissance" de sa légitimité issue de la Conférencenationale souveraine.

La reconduction de Kengo au poste de premier ministre reflétait l'étroitemarge de manoeuvre dont disposait le Maréchal face à l'émergence et àl'autonomisation croissante des factions de sa propre mouvance, voire mêmede sa famille, dans la gestion de l'après-Mobutu, bien plus que la crised'une transition qu'on peut difficilement qualifier de démocratique.

En définitive, c'est bien l'enjeu de l'après-Mobutu qui déterminel'ensemble du jeu politique actuel aussi bien à Kinshasa que dans l'est dupays, conférant au noyau dur de la nomenklatura mobutiste un rôle essentielquant à l'issue pacifique ou violente de la crise présente. Vue sous cetangle, la reconduction de Kengo peut être déchiffrée en termes de garantiesque celui-ci assurerait à ce noyau dur (axé autour de Ngbanda, Vunduawe,Baramoto) face à Tshisekedi désigné et redouté dans le rôle inévitable de"revanchard" du fait de son discours aussi bien que de son assisepopulistes.

Scénarios de l'après Mobutu

Vie et survie
des populations zaïroises

Au Zaïre, comme ailleurs en Afrique, lorsque les indicateurssocio-économiques et que l'analyse politique révèlent le délabrementgénéral du système social "structuré", au sens large, et que l'onconstate par ailleurs que la plupart des gens continuent à vivre, onexplique ce paradoxe par le recours à la notion de secteur informel, quiapparaît ainsi comme une notion "fourre-tout".

L'économie informelle

"L'économie s'est vue contrainte de se replier sur des activitésinformelles qui, selon la BZ [Banque du Zaïre], fourniraient près de 80%de la production intérieure brute marchande. Cependant, même si le secteurinformel apparaît dynamique, il consiste principalement en activités desubsistance [c'est nous qui soulignons] et sa vitalité est parfois freinéepar la mauvaise qualité de l'infrastructure, la faiblesse de la demande, lapénurie d'énergie et d'intrants, l'inflation et le manque de crédits."1

Cependant, "la notion d'informel est peut-être une notion provisoire, dontles sciences sociales devront arriver à se débarrasser, mais elle estaujourd'hui fructueuse parce qu'elle a la vertu de poser des problèmes, desoulever des questions, devant lesquelles on se trouve intellectuellementdémunis"2.

Une première lecture:
les prédateurs contre la société civile

La vie quotidienne au Zaïre peut faire l'objet d'une double lecture.D'abord, il y a la lente dégradation depuis le milieu des années septantede l'économie, de l'appareil d'Etat, et donc de ces classes moyennes quiavaient connu une expansion durant la période 1950-1970. La situationcatastrophique prévalant aujourd'hui n'est donc pas le fait d'une rupturebrutale. Au Zaïre, la crise du milieu des années septante s'explique par lanature de l'impérialisme technologique3 (le transfert de technologie et laprolifération des "éléphants blancs", fonctionnant à la "corruption" etassociant, entre autres, la nomenklatura locale, des bureaux d'étudesétrangers, des organisations internationales et des organismes publics decoopération du Nord) qui a hypothéqué peu à peu toutes les richessesnationales et provoqué l'endettement du pays.

Concrètement, il y a belle lurette que les populations zaïroises ont apprisà ne plus compter sur la classe politique prédatrice qui s'est construitepar la dictature et qui a conduit le pays à la ruine. Les Zaïrois ont doncappris à se débrouiller par eux-mêmes. Par exemple, durant ces dernièresannées, une des activités solidaires des populations civiles a été des'organiser pour éviter le risque de pillage des militaires, risquepermanent dans la mesure où ceux-ci n'étaient plus payés. Ainsi, danscertaines agglomérations, des collectes étaient organisées par lescommerçants et des accords s'étaient instaurés avec les responsables decamps militaires pour que les militaires puissent recevoir de l'argent oudes vivres afin d'éviter qu'ils viennent se servir eux-mêmes par lepillage. Au niveau local, on a assisté à la multiplication des initiatives(création d'ONG et appui d'ONG étrangères) en vue de répondre aux besoinsessentiels de la population. Une décentralisation de facto a révélé unefragmentation de la "formation nationale" et le repli sur des marchésrégionaux, enclavés, ou le plus souvent articulés sur l'extérieur (Afriquedu Sud, Emirats arabes, Kenya, Angola, etc., parallèlement à ladollarisation de l'économie). Des "conférences pour le développementsocio-économique" de telle ou telle région se sont organisées dès 1990afin de répondre aux carences de l'Etat.

Dans cette optique, une société civile zaïroise apparemment solidaire faitface à une classe politique prédatrice et improductive, et à ses chiens degarde. Cette dernière est devenue d'autant plus parasite et violente avecle temps que ses ressources ont diminué (par la destruction de l'appareilde production, telle que l'illustre le pillage des entreprises minières auShaba) et que se perpétue le cycle de la prédation.

Une seconde lecture: factions et réseaux

Le processus de fragmentation concerne aussi la société civile, ce quiintroduit une seconde lecture de la quotidienneté zaïroise: celle desfactions et des réseaux. Ces notions impliquent une transversalité descatégories identifiées dans la première lecture.

La faction comporte une hiérarchie et des rapports de clientèle entre lehaut (les chefs de faction qui sont des prédateurs) et le bas (lesressources pillées sont redistribuées aux clientèles respectives). Eneffet, le prestige d'un patron se mesure aussi à sa capacité deredistribuer et de faire vivre une clientèle nombreuse et doncreconnaissante. C'est sur cette base qu'on devrait évaluer la richesse deMobutu, par exemple. S'il a pu garder si longtemps le pouvoir au Zaïre,c'est aussi parce qu'il a été capable d'entretenir de façon patrimoniale unnombre important de clients. L'argent de l'Etat était redistribué selon lebon vouloir du Prince. Parmi les clients de choix, la couche intellectuelledes diplômés universitaires, dont il a utilisé les services en manipulantcyniquement la vanité et la cupidité.

Mais tout patron de faction dont les capacités prédatrices s'amoindrissentrisque de perdre une partie de ses clients au profit d'un autre patron plusgénéreux.

La notion de réseau n'implique pas la problématique de la hiérarchie maisplutôt celle de l'absence de centre et la fluidité. Les fonctionnaires quine sont plus payés sont obligés de trouver d'autresressources que lesalaire et c'est dans le cadre des réseaux que des solutions de rechangesont conçues: retour aux champs, PME, commerce, et y compris lesmigrations.

Cette seconde lecture implique aussi une division de la sociétéhorizontalement entre une multitude de factions et de réseaux. Toutindividu peut appartenir à plusieurs factions et à plusieurs réseaux à lafois ou successivement, et son identité s'en trouve donc construite pourainsi dire de façon contingente et conjoncturelle dans le cadre d'unprocessus d'identification très mouvant.

Ambivalence

C'est dans le cadre des réseaux et des factions que la société civile vitet se reproduit, et la transversalité qu'impliquent ces deux réalités peutêtre comprise comme une immense toile d'araignée qui maintient la sociétéensemble et empêche sa rébellion généralisée contre ses prédateurs.

En effet, factions et réseaux contribuent à fragmenter la société sur unmode conflictuel, parfois violent, mais les manifestations de cettefragmentation sont toujours conjoncturelles, construites et suffisammentfluides pour empêcher toute sécession.



Notes

1
. L'économie zaïroise: état des lieux", Marchés tropicaux etméditerranéens, 10 janvier 1997, N°ree; 2670, p. 60.

2
.Gauthier de Villers, "Propositions introductives", in Phénomènesinformels et dynamiques culturelles en Afrique, Cahiers africains, N°ree;19-20,avril 1996, Bruxelles, Institut africain, CEDAF, p. 9.

3
.Voir B. Verhaegen, "Impérialisme technologique et bourgeoisie nationaleau Zaïre", in Connaissance du Tiers-Monde, Cahiers Jussieu/4, Paris, UGE10/18, 1978, pp. 347-379.



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18 juin 1997