
Trente-six personnalités participent à la conférence du Mont-Pèlerin du 1er au 10 avril 1947. Des représentants de trois publications américaines importantes doivent être mentionnés: J. Davenport de Fortune Magazine, H. Hazlitt de Newsweek. et G. Révay du The Readers' Digest dans lequel une version résumée de La route de la servitude de von Hayek avait été publiée. L'essayiste Bertrand de Jouvenel, qui vit alors à Chexbres (Vaud), est aussi présent. Voici quelques brèves indications sur les principaux acteurs de la mise en place de la Société du Mont-Pèlerin. - Réd.
Maurice Allais (né en 1911)
Diplômé de l'Ecole nationale des Mines, il sera professeur d'analyse économique dans cette institution et chercheur au CNRS. Il publie en 1943 A la recherche d'une discipline économique qui sera réédité sous le titre Traité d'économie pure, puis en 1947 Economie et intérêt. Il obtiendra la médaille d'or du CNRS en 1979 pour "ses travaux de pionnier sur la théorie des marchés et l'utilisation efficace des ressources". Il sera le professeur d'Edmond Malinvaud, futur directeur de l'INSEE, de Marcel Boiteux, futur président d'EdF, et de Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut français des relations internationales.
Milton Friedman (né en 1912)
Economiste, professeur à l'Université de Chicago à partir de 1948. Il écrit régulièrement dans l'hebdomadaire américain Newsweek et acquiert de la sorte une vaste popularité. Conseiller économique d'organismes officiels tels que la Banque centrale américaine (Federal Reserve), du Parti républicain (entre autres de son candidat, très à droite, à la présidence en 1964, Barry Goldwater) et des présidents Nixon et Reagan. Il est un des chefs de file de l'Ecole de Chicago qui incarne le courant néo-libéral. Prix Nobel d'économie en 1976.
Frank Dunstone Graham (1890-1949)
Economiste, spécialiste du commerce international, il enseigne à l'Université de Princeton.
John Jewkes (1902- ?)
Economiste, il enseigne à l'Université de Manchester de 1949 à 1969. Durant la guerre, il est responsable des programmes de la production aéronautique britannique. C'est un avocat de l'économie de marché libre dont il vante les mérites à l'opposé de la planification et de la propriété gouvernementale. Il a porté des attaques à l'encontre du Service national de la santé en Grande-Bretagne.
Friedrich August von Hayek (1899-1992)
Il fait ses études à Vienne où il suit le "Privatseminar" de Ludwig von Mises. Il s'intéresse dans un premier temps aux cycles économiques. Il enseigne avant-guerre à la London School of Economics. Après la guerre, il met l'accent dans ses recherches sur la psychologie, la philosophie politique, la philosophie du droit et l'histoire des idées. Dans La route de la servitude, il développe la thèse selon laquelle toute "socialisation de l'économie" et tout interventionnisme de l'Etat dans le marché débouchent sur la suppression des libertés, y compris politiques. Dès 1950, il travaille à l'Université de Chicago. La constitution de la liberté et Droit, législation et liberté (1973) sont ses deux oeuvres majeures. En 1974, il obtient le prix Nobel. Son opposition à l'étatisme - qui va jusqu'à l'opposition à l'existence de banques centrales - explique l'auto-qualification de "libertaire". Von Hayek est une référence centrale du courant néo-libéral, même si ses contributions sont "digérées" de manières diverses.
Frank Hyneman Knight (1885-1962)
Il enseigne à l'Université de Chicago de 1927 à 1948. Il présidera l'Association des économistes américains. Il s'est attaché entre autres à la définition de la concurrence parfaite.
Salvador de Madariaga (1886-1978)
Ingénieur, journaliste, diplomate espagnol. Dès 1921, il préside la Commission du désarmement de la Société des Nations à Genève. Durant la Guerre civile espagnole, il sera brièvement ministre de l'Instruction publique, puis ambassadeur à Washington et à Paris. Avec la défaite de la République, Madariaga, en exil, sera enseignant à Oxford, au Mexique, aux Etats-Unis. Dans l'après-guerre, il présidera le Collège de l'Europe de Bruges, institution du Mouvement européen.
Ludwig von Mises (1881-1973)
Economiste autrichien, professeur à l'Université de Vienne de 1913 à 1938, puis à l'Université de New York de 1945 à 1969. Son oeuvre a trois centres d'intérêt: l'économie comme science rationnelle des choix, la monnaie, et l'impossibilité d'un calcul économique en régime socialiste, en raison d'une absence de prix de marché libres.
Fritz Machlup (1928-1983)
Economiste. Il fait sa thèse de doctorat sous la direction de Ludwig von Mises à Vienne. Dans les années 30, il se rend aux Etats-Unis où il enseigne successivement à la University of Buffalo, à la John Hopkins University, puis à Princeton et dès 1971 à la New York University. Machlup concentra ses recherches dans deux domaines: le système monétaire international et l'organisation industrielle.
Karl Raimund Popper (1902-1994)
Philosophe. Il passe son doctorat à Vienne en 1928. De 1945 à 1969, il est professeur de logique et de méthodologie des sciences à la London School of Economics and Political Science. En 1945, il publie La société ouverte et ses ennemis, qui sera aussi un ouvrage de référence de la Société du Mont-Pèlerin.
William E. Rappard (1883-1958)
Dès 1913, il détient la chaire d'histoire économique de l'Université de Genève. Il jouera un rôle important dans le cadre de la Croix-Rouge, de la Société des Nations, etc. Dans les années 30-40, à la tête de l'Institut universitaire de hautes études internationales, il invite des professeurs tels que L. Robbins, F. A. von Hayek, mais aussi Emile Vandervelde et Harold J. Laski. Dans le Journal de Genève (12 février 1945), il salue la publication du livre de son collègue et ami F. A. von Hayek, The Road of Serfdom. La thèse de von Hayek lui paraît "fort intéressante, partiellement juste, mais sensiblement exagérée". Pour une biographie détaillée, le lecteur peut se rapporter au récent ouvrage de Victor Monnier, William E. Rappard (éd. Slatkine 1995).
Lionel Robbins (1898-1984)
Economiste. Il étudie puis enseigne à la London School of Economics. Dans ses écrits, il fait connaître les élaborations des économistes de l'Ecole autrichienne (von Mises). Influencé par ces théories, il s'oppose lors de la crise des années 30 aux propositions de Keynes. Il modifie sa position après son expérience comme conseiller du gouvernement britannique durant la guerre.
Wilhelm Röpke (1899-1966)
Economiste allemand. Opposant au national-socialisme, il s'exile. Il enseigne de 1937 à 1967 à l'Institut universitaire de hautes études internationales à Genève. Il sera l'un des conseillers du ministre de l'économie démocrate-chrétien allemand Ludwig Erhard, qui lancera la formule "économie sociale de marché". L. Erhard participera à des réunions de la Société du Mont-Pèlerin.
Georges Joseph Stigler (1911- ?)
Economiste. Il étudie à l'Université de Chicago avec Milton Friedman; son directeur de thèse est F. H. Knight. Stigler fera un travail d'historien de l'économie néo-classique. Il fera aussi des travaux en micro-économie et dans le domaine de l'organisation industrielle. Dans les années 60, il met en question le rôle de la régulation de l'Etat dans l'économie. Il fait partie de l'Ecole de Chicago où il a enseigné durant l'essentiel de sa carrière.

