Ce samedi 12 juin 2004 s’est tenu un forum sur "L’Empire Nestlé" organisé par attac, la Déclaration de Berne et Greenpeace. Les 350 participant-e-s ont pu s’y informer sur les pratiques de Nestlé dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et dans ses rapports avec les salarié-e-s. Ils et elles ont été convaincu-e-s que ces pratiques, semblables à celles d’autres transnationales rivales et complices, ont des graves répercussions sur des millions de personnes dans le monde. Ils et elles posent publiquement les questions suivantes à Nestlé:

Nestlé peut utiliser n´importe quelle eau pour fabriquer l´eau de boisson "Pure Life" au Brésil. Pourquoi le groupe Nestlé persiste-t-il à déminéraliser dans ce but l´eau minérale du Parc de São Lourenço? Comment se fait-il que la déclaration de renonciation faite par M. Brabeck cet hiver à Davos n’ait pas mis fin à cette absurdité illégale?

Les bouteilles d´eau en plastique sont une grave pollution. Puisque le groupe Nestlé se prétend environnementalement responsable, pourquoi n´a-t-il pas renoncé à l’utilisation de bouteilles en plastique ni même développé des projets de recyclage de ses bouteilles?

Les dégâts provoqués par la surexploitation des sources, tant au Brésil qu'aux Etats-Unis, ont été abondamment documentés. Nestlé peut-elle continuer à développer son chiffre d'affaires dans le secteur de l'eau en bouteille et prétendre être une entreprise écologiquement consciente?

Il y a 25 ans, les Etats membres de l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) adoptaient le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel (le Code). En 2002, l’AMS adoptait la "Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant" dont l’article 44 définit clairement toutes les responsabilités et les obligations spécifiques des fabricants et distributeurs d’aliments destinés au nourrisson et au jeune enfant. Le Code s’applique à tous les Etats et à toutes les entreprises; les entreprises doivent s’assurer que leur conduite à tous les niveaux soit conforme au Code et aux résolutions ultérieures, quelle que soit l’action entreprise par les autorités; le champ d’application du Code comprend tous les substituts du lait maternel, et pas seulement les laits en poudre. Comment se fait-il dès lors que Nestlé ne respecte toujours pas le Code et les autres résolutions pertinentes adoptées par l’AMS?

Contrairement à ce que prétend Nestlé, les plantes transgéniques ne sont-elles pas plutôt des bombes à retardement pour la santé publique, l'indépendance des agriculteurs et l'environnement qu'une solution à la faim dans le monde?

Nestlé, se conformant au strict minimum des législations nationales ne donne pas aux habitants des pays en développement – contrairement à ceux des pays "développés" – le droit de savoir s'ils mangent des ingrédients transgéniques (génétiquement manipulés, GM) avec leurs produits Nestlé. Comment justifier cette discrimination?

La violence exercée par des groupes paramilitaires dans de nombreux pays du sud sont une menace pour les travailleur-se-s, en particulier syndiqué·e·s et pour les mouvements paysans.  Nestlé rejette les accusations d’utilisation à son profit de tels groupes. Comment alors expliquer qu’elle n’ait jamais officiellement condamné les menaces et les violences des paramilitaires colombiens contre les salarié-e-s de ses entreprises?

En 2003, Nestlé a fait plus de CHF 6 milliards de francs de bénéfice. Or elle prévoit de faire des économies pour 6 milliards de CHF jusqu’en 2006, qui se traduiront notamment par la suppression de centaines d’emplois dont près de 1'500 en France. On voit les premiers effets de ce plan avec la fermeture de l’usine de Saint-Menet et les mesures de rationalisation dans les différentes sources appartenant à Nestlé, en particulier Perrier. Des exemples de Russie, de Corée et de Colombie montrent une politique systématique de Nestlé contre les syndicats et les droits des salarié-e-s. Peut-on dès lors considérer autrement que comme pure hypocrisie que Nestlé déclare dans ses principes qu’elle "considère ses collaborateurs comme son atout le plus précieux"?

Finalement, est-il normal que les options prises dans les bureaux de Vevey s'imposent à des centaines de milliers de personnes dans le monde, et pèsent bien plus que des décisions prises démocratiquement par des Etats "souverains"?