Bienvenue à toutes et à tous. Vevey vous accueille. Bien sûr, une partie de Vevey seulement, mais d’autant plus chaleureusement. C’est que nous sommes ici dans la patrie de Nestlé, à sa source, et que cela n’est pas sans conséquences… ni sans enseignements:
1. Quelques 130 ans après la fondation de Nestlé, c’est toujours de cette ville de 17 000 habitants que le sort de centaines de milliers, de millions de personnes est décidé. Quoi que prétende avec constance la transnationale, qui rejette facilement les responsabilités sur les directions locales, c’est bien d’ici que partent les décisions finales. Sur les objectifs de rentabilité des secteurs, succursales et usines, ce qui souvent veut dire licenciements ou fermeture. Sur les prix d’achat du café ou du cacao, sur la politique en matière d’OGM, sur les perspectives à long terme de la transnationale, sur les branches à développer et celles à couper. C’est ici qu’est centralisé le projet Globe, qui a déjà vu passer des centaines de cadres de toutes les filiales dans le monde, afin d’unifier processus et méthodes, et consolider le moule dans lequel ils doivent impérativement se couler.
L’extraordinaire concentration du pouvoir auquel aboutit actuellement le système capitaliste trouve ici un symbole géographique.
2. Nestlé quoique transnationale, ne peut se passer d’une base locale et nationale solide. Pour gagner l’acquiescement de la population – de Vevey, du canton de Vaud, de la Suisse – elle met donc en œuvre de multiples stratégies, des éditions NPCK (Nestlé, Peter, Cailler Kohler) dont je collais les vignettes dans les livres pour enfants, au musée de l’Alimentarium, du don de quelques millions pour la rénovation du théâtre de Vevey aux multiples actions de sponsoring culturel, etc.
Le but est de faire oublier qu’à l’origine des bénéfices et dividendes, il y a la sueur et parfois le sang. En le révélant, en faisant connaître les conséquences réelles de la politique de Nestlé – comme dans le livre publié par attac en vente ici –, nous avons un certain pouvoir de solidarité, celui d’aider réellement quoique modestement ceux qui de par le monde sont confrontés à la politique de Nestlé. Ce pouvoir nous confère le devoir de l’exercer, la responsabilité d’être solidaires.
3. Pour beaucoup – les distributions de ce dépliant sur le marché, ici devant cette salle, nous l’ont confirmé – Nestlé est la bienfaitrice de la région, et la critiquer relève au mieux de l’aventurisme, au pire du sacrilège. Cette attitude est pour une part le résultat de l’effort de propagande de Nestlé. Mais il est aussi le reflet d’une réalité: «l’économie Nestlé» – emplois, activité économique générée, impôts de Nestlé international – irrigue toute la région.
Ce problème doit être affronté. Il faut montrer qu’il n’y a pas de flux sans source. Les «bienfaits» de Nestlé sont la contrepartie de son activité prédatrice dans d’autres régions du globe, que ce soit dans les pays du Sud ou en Europe. Nous avons donc besoin d’un altermondialisme concret, qui s’attaque – avec toute la modestie et toute l’ambition que ce mot peut contenir – au jour le jour et sur les divers fronts – syndical en particulier – aux centres du réel pouvoir, les sociétés transnationales, et commence à imaginer comment on pourrait s’en passer. Qui tende de tisser des liens, symboliques mais aussi concrets, entre ceux qui, dans leur diversité, ont à faire avec Nestlé: salarié·e·s, ici et dans les pays de la périphérie, paysans, consommateurs ; militants et scientifiques ; altermondialistes, syndicalistes, écologistes. C’est ce que nous essayerons de commencer à faire aujourd’hui.
La mise en regard de Vevey et de l’empire Nestlé nous amène ainsi de l’exorbitant pouvoir des multinationales au devoir de solidarité et à l’altermondialisme de terrain, que j’appellerais quant à moi anti-impérialisme: domination, rapatriement des profits, salaires plus élevés, ou moins bas, payés ici, dessinent en effet le tableau classique de l’impérialisme.
C’est donc quasi naturellement que j’ose paraphraser le symbole de l’anti-impérialisme: tenons un, deux, de nombreux forums sur Nestlé ! Bonne journée, Bon travail.
Alain Conthier, conseiller communal MPS, Vevey